Mercredi 29 avril 2009
La quadrature du net est un groupe citoyen s'opposant au projet de loi HADOPI. Il organise en quelque sorte la résistance en mettant en contact des politiques, des associations, des citoyens, et en regroupent divers soutiens.
La quadrature du net avance un argument intéressant: Internet est un outils démocratique d'expression et d'information. Priver un citoyen d'internet est donc le priver d'un moyen d'expression, d'un outils démocratique. C'est une sanction particulièrement dure qui ne peut décemment pas être prise par une autorité simplement administrative.


Par BJRD
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Mardi 28 avril 2009

La loi Hadopi, rebaptisée "Loi Création et Internet", prévoit de mettre en place une Haute Autorité chargée d'avertir d'abord et de sanctionner ensuite les internautes qui ne respecteraient pas les droits d'auteur sur Internet. Selon un sondage réalisé récemment par l'industrie, 74 % des Français seraient favorables à ce système de riposte graduée plutôt qu'à la loi actuelle. Numerama liste 10 raisons non exhaustives pour lesquelles il est impératif de rejeter la loi Hadopi. Piratez-les sur votre blog, sur les forums et dans vos mails !

1. Elle ne vise pas les pirates !

La loi ne sanctionne pas le fait de télécharger ou de mettre à disposition sans autorisation des oeuvres protégées par le droit d'auteur. Elle crée en fait un nouveau délit, le "fait, pour la personne titulaire d'un accès à des services de communication au public en ligne (un accès à Internet, ndlr), de ne pas veiller, de manière répétée, à ce que cet accès ne fasse pas l'objet d'une utilisation à des fins de reproduction, de représentation, de mise à disposition ou de communication au public d'oeuvres ou d'objets protégés par un droit d'auteur ou par un droit voisin sans l'autorisation des titulaires de droits lorsqu'elle est requise". Or pour vérifier que l'abonné n'a pas "veillé" à ce que son accès ne soit pas utilisé pour pirater, la Haute Autorité ne pourra s'en remettre qu'à une seule présomption : le fait que l'accès a été en fait utilisé pour pirater. Peu importe que ça soit par l'abonné lui-même ou par ses enfants, son ex-compagne ou un voisin de passage. La loi crée donc une responsabilité du fait d'autrui qui serait une première dans le système juridique français. L'article 1384 du code civil prévoit bien la responsabilité du fait d'autrui, mais uniquement dans des cas où le tiers coupable est jugé incapable (les mineurs par exemple), ou est placé dans une situation de subordination par rapport à son responsable.

2. Elle crée une présomption irréfragable de culpabilité

La loi impose aux abonnés à Internet de protéger leur accès à Internet, par exemple en utilisant les moyens de filtrage proposés par leurs FAI, et dont la liste sera communiquée par la Haute Autorité. Mais comment un abonné qui a mis ces moyens de filtrage en place pourra-t-il prouver sa bonne foi s'il est accusé du contraire ? Comment prouver qu'à une heure donnée, un jour donné, le mécanisme de filtrage était bien activé sur l'ordinateur de l'accusé ? Ca n'est plus la présomption d'innocence qui préside, mais une présomption de culpabilité qui ne pourra en aucun cas être renversée. La loi Hadopi bafoue les droits de la défense en feignant d'ignorer que ces droits, dans les faits, ne pourront jamais être exercés.

3. Elle est déjà obsolète.

Puisqu'il n'est techniquement possible que de trouver l'adresse IP de ceux qui partagent les oeuvres et non de ceux qui les téléchargent depuis des serveurs distants, le projet de loi Hadopi ne vise de fait que le P2P dans son dispositif. Or aujourd'hui le piratage se produit au moins autant sur les serveurs de newsgroups et les sites de téléchargements et de stockage comme RapidShare, dont les utilisateurs sont mis à l'abri de toute procédure. De plus, les nouvelles générations de réseaux P2P sont conçues de façon à masquer l'adresse IP des utilisateurs qui partagent des fichiers, ou à ne pas pouvoir associer de façon certaine une adresse IP à un contenu partagé. Sachant qu'il est toujours politiquement beaucoup plus facile de créer une Autorité administrative que d'en démanteler une, est-il utile d'aggraver la charge publique par une énième Haute Autorité qui sera très rapidement incapable de travailler, ou de façon tellement anecdotique que son efficacité sera nulle ?

4. Elle interdit même le P2P légal.

Il n'existe et ne peut exister aucune base de données des oeuvres protégées par les droits d'auteurs. Donc le père de famille qui veut sécuriser son accès à Internet conformément aux obligations disposées par la loi Hadopi devra bloquer l'ensemble du P2P sur sa ligne, car aucun filtre ne pourra bloquer uniquement les téléchargements et uploads d'oeuvres protégées. De fait, c'est donc l'ensemble du P2P légal qui est mis au banc par le projet de loi. Il y a fort à parier qu'en plus, les FAI qui devront communiquer une liste d'outils de filtrages "efficaces" proposeront des outils qui bloquent automatiquement tous les logiciels d'échange comme eMule, BitTorrent et consorts.

5. Elle nécessite un fichage contraire à la jurisprudence de la CNIL

Pour mettre en oeuvre la riposte graduée, la Haute Autorité devra connaître l'historique des éventuels messages d'avertissement envoyés auparavant aux abonnés. Elle doit donc conserver les données d'infraction pendant une période longue. Si l'abonné est sanctionné par la suspension de son abonnement à Internet, son nom doit être inscrit pendant un an dans un registre communiqué aux fournisseurs d'accès à Internet, qui ont l'obligation de le consulter avant toute ouverture d'accès. Si le nom du client y figure, l'abonné ne peut pas s'inscrire. Or par le passé, la CNIL n'a autorisé ce type de fichage qu'à la condition expresse que le nom de la personne soit retiré dès lors que le dommage qu'il a causé est réparé (un remboursement d'impayé pour être retiré du fichage de la Banque de France, par exemple). Or ici, le fichage reste actif pendant un an, sans que l'abonné n'ait la possibilité de mettre fin au dommage qu'il a causé par sa négligence.
On notera aussi que la conservation des données qu'implique la mise en oeuvre de la riposte graduée est équivalente à celle imposée aux FAI pour les besoins de la lutte contre le terrorisme. De quoi se poser des questions sur la proportionnalité du mécanisme au but poursuivi.

6. Elle crée une justice à deux vitesses, selon que vous serez puissant ou misérable.

La Haute Autorité chargée de mettre en oeuvre la riposte graduée avertira et sanctionnera les internautes qui ont partagé illégalement des oeuvres protégées par le droit d'auteur. Mais quelles oeuvres ? Elle n'agira que sur la base de relevés effectués par les ayant droits eux-mêmes, c'est-à-dire par ceux qui ont la puissance financière pour effectuer un contrôle et un relevé des adresses IP sur Internet pour protéger leurs oeuvres. En clair, les majors du disque et du cinéma. Les petits labels ou les artistes indépendants seront de fait exclu du mécanisme de défense de leurs droits prévu par la loi Hadopi, quand bien même leurs oeuvres seraient piratées massivement.

7. Elle encourage la politique de l'autruche.

Il suffit de regarder le contenu des accords de l'Elysée pour voir que les industries culturelles estiment qu'elles n'ont pas à améliorer l'attractivité de leurs offres légales tant que la riposte graduée prévue par la loi Hadopi n'est pas effective. C'est-à-dire, au mieux, pas avant le premier trimestre 2009. Et encore, en fait, bien après, puisque l'accord prévoit un délai d'un an à compter de la mise en oeuvre effective de la riposte graduée. Au moins si la loi Hadopi était rejetée, les industries culturelles se décideraient peut-être enfin à se donner un grand coup de pied dans le derrière pour proposer aux consommateurs ce qu'ils attendent. C'est la base de tout commerce.

8. Elle a été jugée contraire aux droits de l'Homme par le Parlement Européen

Comment, alors qu'elle sera présidente de l'Union Européenne, la France peut-elle ignorer une sanction aussi lourde du Parlement européen ? Le 10 avril 2008, les eurodéputés ont voté une résolution qui "invite la Commission et les États membres à éviter de prendre des mesures qui entrent en contradiction avec les libertés civiques et les droits de l'homme et avec les principes de proportionnalité, d'efficacité et de dissuasion, telles que l'interruption de l'accès à l'Internet."

9. Elle ne sera pas plus efficace que la loi DADVSI votée il y a trois ans.

Nulle part au monde les tentatives de dissuasion et de répression n'ont fait baisser le nombre de contenus piratés et surtout n'ont fait grimpé le nombre de CD et DVD vendus. Dix ans après l'arrivée de Napster, il est peut-être temps de changer enfin de stratégie.

10. Elle coûtera extrêmement cher à mettre en oeuvre pour l'Etat

Lors des Assises du numérique, le président de l'Autorité de Régulation des Mesures Techniques et probable futur président de l'Hadopi s'est dit prêt à mettre en place "un processus de traitement automatisé permettant l’envoi de 10 000 messages d’avertissements par jour". 10.000 messages par jours, ce sont 3,65 millions de messages par an. Pour les envoyer, il faut connaître l'adresse IP de l'abonné, et demander l'adresse e-mail correspondante au FAI. L'arrêté du 22 août 2006 pris en application de l’article R. 213-1 du code de procédure pénale prévoit que l'identification d’un abonné ADSL et de son fournisseur d’accès internet donne lieu à une indemnité forfaitaire de 8,50 euro par IP. Soit un coût global de 31 millions d'euros par an, auquel doivent s'ajouter les frais postaux d'envois de lettres en recommandé exigées au minimum lors du deuxième avertissement, les frais de relevés des infractions, les frais de conservation des données, et les frais de fonctionnement administratifs de la Haute Autorité.
Pour que l'Hadopi ne creuse pas le déficit budgétaire de l'Etat, elle devra donc générer en retour au moins 31 millions d'euros de recettes fiscales chaque année par l'augmentation supposée des ventes sur les plateformes légales. Rapide calcul. Un MP3 vendu 0,99 euros sur Internet rapporte à l'Etat 16 centimes d'euros de TVA. Pour aller à l'équilibre, il faudrait que les Français achètent environ 194 millions de titres par an en plus de ceux qu'ils achètent déjà - ce qui suppose au passage qu'ils n'achètent pas sur iTunes, où la TVA bénéficie au Luxembourg. A titre de comparaison, les ventes de musique sur Internet en France au premier trimestre 2008 ont rapporté à l'industrie moins de 7 millions d'euros HT. On veut bien croire en faisant un effort à une augmentation des ventes consécutive à l'adoption de la loi Hadopi, mais à ce point ?

Par BJRD
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Mardi 28 avril 2009
HADOPI, c'est quoi ?

C'est l'anagramme de Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des Droits sur Internet. Mais en parlant d'HADOPI on pense plus souvent au projet de loi proposant la création d'une autorité administrative indépendante visant à faire respecter la loi sur les droits d'auteurs.

Et ça marche comment ?

l'HADOPI, serait donc une autorité administrative qui pourrait, d'une part, détecter les piratages de contenu culturel, d'autre part, prendre des mesures. Ces mesures reparties en 3 étapes (réponse graduée):
- Un Email d'avertissement.
- Une lettre recommandée d'avertissement.
- La suspension de l'accès à internet.

Supprimer l'accès à Internet ça veut dire quoi ?

Ce projet de loi stipule la possibilité de bloquer le flux internet uniquement, c'est à dire sans couper les autres flux (téléphonie et télévision). Ce blocage aurait lieu sur une durée allant de 3 à 12 mois, avec interdiction de se réabonner. Selon la version de la loi, préCMP (commission mixte parlementaire c'est à dire constituée de députés et de sénateurs, 7 de chaque, qui travaillent en même temps sur le même texte) ou PostCMP, il est stipulé que le pirate sera tenu, ou ne sera pas tenu, de payer l'abonnement internet pendant cette période.

Elle vient d'où cette loi ?

Ce projet de loi est issu d'une loi déjà votée, en Juin 2006, calant la législation française sur les directives européennes, à propos du respect des droits d'auteur. En effet il est question d'instaurer une "réponse graduée" au piratage de produits culturels. Un an plus tard, avec le changement de gouvernement, la nouvelle ministre de la culture, Mme Albanel relance l'idée qui deviendra en projet, déposé au Sénat, en Juin 2008. En octobre le gouvernement presse le pas n'autorise qu'une seule lecture par chambre (Sénat et Assemblé Nationale)

Et alors elle a été adoptée ?

Le Sénat vote immédiatement pour ! Le texte passe à l'Assemblée Nationale, ou il sera modifié, en mars, puis accepté, en avril. Comme les deux chambres doivent se mettre d'accord pour valider une loi, c'est au Sénat de revoter. La fameuse CMP (Commission Mixte Parlementaire) arrive ici pour établir un texte qui soit accepté à la fois par le Sénat et L'Assemblée Nationale. Le Sénat vote à nouveau pour, l'Assemblée Nationale vote contre... (pas assez de représentant de la majorité présents ce jour là) Alors l'état va refaire voter la loi...

Et elle risque d'être acceptée ?

Oui, si la majorité est assez mobilisée. Cela dit, il semblerait que ce soit le projet PréCMP qui soit voté, c'est à dire celui obligeant à payer le forfait internet, même si l'abonnement est suspendu. Cela dit, la majorité n'est pas unanime sur ce projet. Il y a beaucoup de reproches sur ce projet, de la part de la CNIL par exemple (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés) qui pense que l'HADOPI va à l'encontre du respect de la vie privée.

Et si elle était acceptée ?

Il serait possible de saisir le Conseil Constitutionnel. Il faut savoir qu'au delà de la législation française, il y a la législation européenne qui a voté en Septembre, et largement accepté, un amendement, interdisant simplement d'ôter un droit (notamment celui de l'accès à internet) sans passer par une Autorité Judiciaire. L'amendement est retiré peu après avoir été voté. Puis la loi refait surface est à nouveau accepté en commission et va à nouveau être votée devant l'Assemblée Européenne. Et sera très certainement à nouveau acceptée. Les dirigeant français on fait preuve d'un forcing éhonté jusque là. Jusqu'où vont ils aller pour faire adopter cette loi ?

En conclusion :

Cette loi donne un pouvoir judiciaire à une simple autorité administrative. C'est à dire une autorité répressive et sans jugement. D'un point de vue purement pratique cette loi a des limites... Si vous utilisez un accès internet qui n'est pas à votre nom, c'est le propriétaire de la ligne, et non pas vous, qui sera incriminé. De même, cela ne fonctionne pas avec les téléchargements Streaming et ce genre de nouvelles technologie de partage de produits culturels. C'est une loi dépassée, avant d'être votée. Cette loi ne sera donc pas efficace, mais restera dangeureuse.

Il y a d'autre façon de gérer l'ère du numérique que par la réprimande...
Par BJRD
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Mardi 28 avril 2009
A l'époque ou nous vivons, Internet est notre outil le plus précieux. C'est un outil pédagogique, créatif et culturel d'une importance qui n'est plus à démontrer. Et il est, ou devrait être, de la stratégie de chaque pays, de le promouvoir, dans le but d'ouvrir sa nation au reste de l'information mondiale. Des efforts ont d'ailleurs été fait, notamment en France, pour offrir le haut débit sur l'ensemble du territoire, et développer l'équipement informatique des foyers même les plus modestes. C'est la bataille pour l'accession à la Culture, à toutes les cultures.

Pour vivre moi même de la production culturelle, je suis le premier défenseur de l'importance de sauvegarder une "industrie" de la culture. Mais une industrie au service de la culture, et non l'inverse. Le projet HADOPI protège la production culturelle, et l'industrie culturelle, grâce à la répression. Et quelle est la première ressource qui sera suspendue ? L'accès a internet. L'accès à la culture proprement dite.

Le maitre mot du gouvernement, est le suivant : Tu ne payes pas, alors tu ne consommes pas.
Seulement il ne s'agit pas de consommer, mais de se cultiver. Car considérer la musique et le cinéma comme un simple produit de consommation est particulièrement réducteur, tragique même venant d'un Ministre de la Culture. Le message est donc : Tu ne payes pas alors tu ne te cultives pas. Car HADOPI c'est ça. La protection de l'économie et du profit au détriment de la culture.

C'est la preuve que bien que Ministre de la Culture, Mme Albanel reste capitaliste avant tout.
Par BJRD
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